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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 09:40

 

Les écoliers manosquins sont désormais à la pointe des nouvelles technologies. Site pilote de l'académie d'Aix-Marseille, la Ville a équipé les huit groupes scolaires du système "Écol'web".

"Tous les enfants des écoles primaires et leurs parents sont connectés à un Intranet grâce à un mot de passe et un nom d'utilisateur personnels", souligne Jany Sabaty, responsable du service informatique de la Ville.

2010042219135320.jpg

En septembre, 1000 enfants et leurs parents pourront accéder à une messagerie, la création de blogs, mais aussi retrouver leurs devoirs, des logiciels de calcul, histoire-géographie, français… Cet Intranet est couplé à un accès à Internet mais les enfants ne pourront naviguer que sur des sites préétablis par l'Éducation nationale.

"Ils sont dans le monde des grands, mais bien surveillés. Le système est tellement verrouillé que les enfants n'ont rien vu des peintres de la Renaissance et de leurs tableaux de nus" confie la responsable avec humour.


1000 élèves connectés

Cet outil informatique semble satisfaire les enfants. "Dès que je ne comprends pas, l'ordinateur m'aide grâce aux logiciels", nous confie Laury, 10ans et demi, en CM2. "À la maison, je m'en sers tous les soirs", ajoute Meryem, 11ans. "En plus on va rencontrer un auteur, Hu

bert Ben Kemoun. On a tout préparé sur ordinateur pour la fête du livre en mai."

Un espace privé parents-enseignants est également disponible. "Parfois les parents travaillent tard et ont dû mal à rencontrer les enseignants; avec ce système informatique ils pourront échanger", explique Laure Saye, élue aux affaires scolaires. La pandémie de grippe A annoncée l'an dernier a accéléré la mise en place de cet "Écol'web". L'enfant malade peut y accéder de chez lui avec ses codes personnels et ainsi connaître les devoirs à faire, ce qui a été étudié en cours… "Toutes les écoles de Manosque sont connectées, donc selon les projets des professeurs, les enfants peuvent travailler ensemble, réaliser un travail en commun et échanger avec leurs camarades."

Après des rendez-vous fixés par l'académie pour expliquer l'Écol'web, la ville de La Ciotat va suivre l'exemple manosquin et l'installer dans ses écoles. Et Nice réfléchit.


Source : Laura Gareta, le 23 avril 2010 "La Provence"

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 09:14

Faire de l'enfant un lecteur d'images non un spectateur passif

Si l'école a récemment fait entrer l'éducation à l'image dans ses programmes, dixit ceux de 2008 : « L'éducation à l'image, au cinéma et à l'audiovisuel contribue à l'acquisition du socle commun de connaissances et de compétences que chaque élève doit acquérir », bien souvent, dans les foyers, l'enfant est seul devant les écrans et avale goulûment une succession d'images.

Le CSA souligne que si « l'enfant a droit à l'information », celle des journaux télévisés est inadaptée à lui. Il reconnaît que l'enfant de 3 ans est capable de regarder un film ou un dessin animé qui l'intéresse, mais que programmes télévisés et publicités ne peuvent lui être destinés intégralement. Il encourage le respect de la signalétique d'avertissement et l'adaptation du temps passé devant les écrans à l'âge de l'enfant.

L'OMS fait clairement le lien entre le temps passé par les csa-tv-enfants.1258301891.jpgenfants devant la télévision, le manque d'activité physique des enfants et l'obésité. Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, a écrit bon nombre d'ouvrages sur l'impact des images sur les jeunes dont Enfants sous influence, les écrans rendent-ils les jeunes violents? ou encore le très récent Faut-t-il interdire les écrans aux enfants? série d'entretiens avec Bernard Stiegler, philosophe passionné par les relations de l'homme à la technique.

L'éducation familiale à l'utilisation des écrans est une nécessité

L'éducation aux écrans peut être au cœur de la problématique et cette mission éducative ne peut être reléguée dans son intégralité à l'école. Les parents sont les premiers modèles de relations au monde et en sont les premiers initiateurs et traducteurs, les écrans en font partie.

C'est aux parents de choisir l'émission, le film, le jeu vidéo qu'ils souhaitent que leur enfant voit et non l'enfant seul ou les aléas des programmations des chaînes et des hasards de clics de la souris. C'est à eux également d'en contrôler et d'en limiter l'accès.

S'il convient de ne pas laisser les enfants faire un usage immodéré de ces technologies, il serait incongru aujourd'hui d'en interdire complètement l'usage, il est bien plus judicieux et utile d'y initier les enfants.

Quelques pistes

Les parents pourraient transmettre via l'utilisation de DVD un héritage cinématographique historique, esthétique et émotionnel. Pourquoi ne pas partager ensemble des films ou dessins animés d'enfance ; suivant la génération, il pourrait aussi bien s'agir de « Polly », « Belle et Sébastien », « Mary Poppins » ou encore « Annie ». Leur faire découvrir Laurel et Hardy, Chaplin ou encore Buster Keaton, même à travers des extraits.

Beaucoup d'albums, comme « Loulou1 » ou « Les Trois Brigands 2» ont été adaptés en dessins animés et sont décryptables et recevables par un public enfantin. Les parents peuvent aussi bien accompagner leurs enfants dans la découverte des albums que dans celle de leur adaptation filmique. Adultes et enfants pourraient échanger leur avis sur l'adaptation, comparer albums et dessins animés ; l'adulte s'assurant de la bonne compréhension de l'enfant. Il en va de même pour les versions filmiques de contes.

L'enfant est spontanément attiré vers le monde animal et peu de programmes télévisés lui offrent l'occasion de voir des documentaires adaptés à son âge et son niveau de compréhension, c'est aux parents de les regarder avec lui et de lui en expliciter les images.

C'est par cette éducation que l'enfant deviendra un utilisateur éclairé et raisonnable des écrans.

1Grégoire Solotareff, École des loisirs

2Tomi Ungerer, École des loisirs


Source :14 mars 2010 - Catherine Prat - L'enfant dans sa découverte des écrans publié dans Média&Information


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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 21:24

Conrad Gessner, un scientifique suisse de renom, a sans doute été le premier à s'inquiéter des répercussions négatives d'un trop-plein d'informations. Dans un ouvrage de référence, Gessner décrivait un monde moderne submergé de données, une situation à la fois «déroutante et néfaste». Aujourd'hui, les médias s'en font l'écho à coups de rapports sur les risques sans précédent d'un environnement virtuel continuellement «branché». Il est cependant intéressant de préciser que Gessner n'a jamais envoyé un e-mail de sa vie, et n'y connaissait absolument rien en informatique. Non pas qu'il fut technophobe, simplement, il mourut en 1565. Les inquiétudes qu'il formulait alors concernaient le déluge d'informations qu'avait déclenché à l'époque l'invention de l'imprimerie.

L'homme craint le trop-plein d'informations depuis toujours, et chaque génération essaie d'imaginer les conséquences que pourrait avoir la technologie sur nos esprits et nos cerveaux. D'un point de vue historique, ce qui est frappant, ce n'est pas l'évolution de ces préoccupations sociales, mais au contraire leurs similitudes d'un siècle à l'autre, au point où lorsque ce discours refait inéluctablement surface, seule sa forme a changé, mais le fond est resté le même.

Tout cela remonte aux débuts de l'alphabétisation. Tout comme on s'inquiète aujourd'hui pour nos enfants qui passent trop de temps devant leur ordinateur, Socrate mettait ses contemporains en garde contre les dangers de l'écriture, qui ne «produira que l'oubli dans l'esprit de ceux qui apprennent, en leur faisant négliger la mémoire». Et comme les enfants étaient, selon lui, incapables de distinguer le rêve de la réalité, il recommandait aux parents de leur enseigner uniquement de saines allégories plutôt que des fables mensongères — leur développement mental était en jeu. Depuis, l'écho de cet avertissement socratique revient régulièrement à nos oreilles: l'ancienne génération nous met en garde contre les nouvelles technologies et déplore une société qui abandonne petit à petit ces médias «sains» avec lesquels eux ont grandi, ignorant vraisemblablement qu'à l'époque, on les considérait comme dangereux.

L'école, c'est trop dangereux

Les premières craintes de Gessner sont apparues peu après qu'il s'est mis en tête de dresser la liste de tous les ouvrages disponibles au 16e siècle — une liste publiée ensuite sous le nom de Bibliotheca Universalis. Au 18e siècle, la multiplication des journaux souleva le même genre d'inquiétudes, et en France, Malesherbes s'insurgeait contre cette nouvelle mode de s'informer en lisant les nouvelles, soutenant que cette pratique menait à l'isolement social et mettait en péril les bienfaits spirituels que permettait l'instruction à l'église. Cent ans plus tard, alors que l'alphabétisation était devenue indispensable et que l'on construisait des écoles un peu partout, ce fût au tour de l'éducation, soi-disant contre nature et dangereuse pour la santé mentale, d'être répudiée. Un article de 1883 paru dans le journal médical le Sanitarian, affirmait que les écoles «épuisent le cerveau ainsi que le système nerveux des enfants avec des études trop complexes, et ruinent leur corps en les gardant enfermés trop longtemps.» A la même époque, les médecins pensaient que des études trop longues et trop compliquées étaient une des causes principales de la folie.

L'arrivée des premières radios a vu naître une nouvelle crainte: on accusait la technologie sans-fil de détourner les enfants de la lecture et de diminuer leurs performances scolaires, des activités qui étaient alors considérées à nouveau comme saines et convenables. En 1936, le magazine musical Gramophone signalait que les enfants avaient maintenant «pris l'habitude de partager leur attention entre la routine quotidienne de leurs devoirs et l'irrésistible émoi 729822_25ba163c9a_o-2010-52-48.jpgprovoqué par le haut-parleur», et que les programmes radiophoniques déréglaient l'équilibre de leurs esprits facilement excités. La télévision non plus n'a pas échappé à la chasse aux sorcières: Elle Wartella, historienne des médias, note que «ses détracteurs étaient inquiets de la façon dont la télévision pourrait mettre en péril la radio, la conversation, la lecture, et le modèle familial de l'époque, et aboutir à une vulgarisation accrue de la culture américaine».

A la fin du XXe siècle, nous avons assisté à la démocratisation de l'ordinateur personnel, Internet était devenu un phénomène mondial, et la presse diffusait largement des inquiétudes similaires: CNN signalait que "l'email" est plus dangereux pour le QI que le caanabis", le Telegraph que «Twitter et Facebook nuiraient aux valeurs morales», que «La génération Facebook et Myspace est ''incapable de tisser un lien social''», et le Daily Mail publiait un papier intitulé «Facebook augmenterait les risques de cancer». Bien sûr, ces articles n'ont pas la moindre preuve pour étayer ce qu'ils avancent, mais ils font le tour du monde parce qu'ils sont l'écho de nos angoisses récurrentes vis-à-vis des nouvelles technologies.

Aucune preuve à ce jour

Mais toutes ces inquiétudes ont aussi fait l'objet d'articles de fond pour des publications plus sérieuses: dans un article de The Atlantic intitulé «Google rend-il stupide?», Nicolas Carr affirme qu'Internet diminue notre attention et dégrade notre capacité à raisonner; selon l'article «Attention: surcharge cérébrale» publié dans le Times londonien, la technologie détériore notre empathie; et dans le New York Times, «L'appât de l'information: une véritable dépendance?» s'interroge sur une possible relation entre les nouvelles technologies et le trouble déficitaire de l'attention. Tous ces articles ont un point commun: aucun ne fait référence à de vraies recherches sur la façon dont les nouvelles technologies affectent notre esprit et notre cerveau. Ils donnent la parole à des gens qui croient n'être plus capables de se concentrer, interrogent des scientifiques qui mènent des travaux dans des domaines parallèles, et c'est tout. Imaginez qu'on parle de la situation en Afghanistan de la même manière. On écrirait 4,000 mots qu'on publierait dans un journal important, mais sans jamais mentionner aucun fait pertinent à propos de la guerre. A la place, on fonderait notre thèse sur les opinions recueillies auprès de nos amis ou de ce type qui fait des kebabs en bas de la rue. Il est turc, donc c'est presque pareil, non?

Pourtant, de nombreuses recherches abordent directement ces questions. Et à ce jour, il n'existe aucune preuve suggérant qu'Internet entraîne des troubles mentaux. La seule chose que toutes ces études ont réussi à prouver, c'est que les gens qui utilisent les services de réseaux sociaux ont tendance à mener une vie sociale hors-ligne plus satisfaisante, et que ceux qui passent du temps à jouer sur leur ordinateur sont meilleurs que les non-joueurs lorsqu'il s'agit d'absorber et de réagir à des informations avec précision et sans montrer plus d'impulsivité. En revanche, les résultats de plusieurs années de recherches suggèrent que la surconsommation de télévision semble avoir un effet négatif sur notre santé et notre capacité de concentration. On n'entend presque jamais parler de ces études-là parce que la télé c'est un peu ringard, que nos peurs ont besoin de se fixer sur des technologies bien plus récentes, et que de toute façon, même si on a la preuve que quelque chose est sans danger, ça ne sera jamais aussi vendeur que les gros titres racoleurs des médias

L'écrivain Douglas Adams s'est intéressé à la façon dont nous percevons la technologie: ce qui existait déjà quand nous sommes nés nous semble normal, on se jette sur tout ce qui apparaît avant nos 35 ans, et on se méfie de tout ce qui est inventé après. Je ne dis pas que les nouveaux médias sont complètement inoffensifs, et je crois qu'il devrait y avoir un vrai débat sur la façon dont l'évolution technologique affecte à la fois nos corps et nos esprits. Mais ces effets-là, de toute façon, on ne les prendra jamais au sérieux, parce qu'on a toujours laissé nos peurs biaiser notre jugement. Tous ces débats d'il y a quelques siècles, l'école engourdit-elle le cerveau, les journaux dégradent-ils le tissu social, nous semblent un peu bizarres maintenant, mais nos enfants ressentiront sans doute la même chose à propos des peurs que l'on manifeste aujourd'hui. Et il ne faudra pas bien longtemps avant que le cycle ne recommence.

 

Source : Mardi 23 Février 2010 - Vaughan Bell, psychologue de l'Université d'Antioquia à Medellin en Colombie via le magazine "slate"

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 21:05

Depuis une dizaine d’années environ, est menée en France une politique de l’Education Nationale en faveur du développement des « TIC » au sein du système scolaire, mais force est de constater que cette politique a été, et demeure plus que jamais, insuffisante et, pire, mal orientée. Nous voudrions en livrer ici une analyse critique, et surtout proposer quelques principes et directions en vue de ce qui en serait une profonde réorientation. Pour le dire déjà en quelques mots, nous voulons soutenir qu’un grand nombre des aspects de ce problème, et des solutions à envisager, tournent autour de l’articulation à établir, à l’école et par l’école, entre la vieille culture livresque et ce que nous appellerons « une culture numérique lettrée » ou savante, encore balbutiante.

 

La politique d’introduction des « TIC » à l’école conduite jusqu’ici a d’une part consisté en un effort d’équipement matériel et logiciel des établissements scolaires, certes incontournable en tant que tel, mais qui a pris d’emblée la forme d’un certain assujettissement à l’offre existante des industriels du secteur : ce faisant, l’institution scolaire renonçait déjà en un sens à jouer un rôle actif dans l’informatisation de l’école, et se contentait d’adopter sans se poser de questions les standards de l’informatique grand public ; l’outil lui échappait ainsi, faute d’avoir correctement estimé ni même peut-être envisagé que son choix même pouvait avoir une dimension stratégique. Parallèlement, côté contenu, dans une démarche adossée à la nouvelle politique eur opéenne des « autoroutes » puis de la « société de l’information », il s’est agi avant tout de dresser une liste de « compétences » techniques de base à acquérir – gestion des machines, administration minimale des systèmes, formation aux usages les plus courants : mail, web, traitement de texte, recherche, etc. Cet ensemble de compétences ou d’habiletés était énoncé comme devant désormais faire partie du bagage technico-cognitif minimal attendu d’un homme ou d’une femme de la nouvelle époque en train de se dessiner.

 

Cette démarche a minima, sans grande ambition ni apparemment sans grand danger, s’est accompagnée d’un discours, en France, en Europe et dans le Monde, sur la nécessité de favoriser l’ « intégration » des jeunes générations en leur donnant de quoi répondre aux « besoins » de cette nouvelle « société de l’information », autrement dit, mais sans le dire, de leur faire acquérir les habitudes d’usage réclamées par elle ; elle consistait donc en réalité essentiellement en une adaptation à la demande, aux critères et aux produits des industries qui dominent entièrement le secteur, et visait à parachever ainsi l’intégration de cette « société de l’information » elle-même, son informatisation intégrale. Comme l’a bien montré Alexandre Serres[1], cette logique adaptative, à fondement comportementaliste et à visée principalement économique, est manifeste dans un grand nombre de textes internationaux, notamment politiques, qui posent la nécessité d’enseigner cette « maîtrise » ou « culture de l’information » (Information Literacy) aux jeunes générations. Ainsi par exemple, en France, la « Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école » de 2005 intègre désormais au « socle commun » de connaissances et de compétences la « maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication »[2]. La dimension d’abord utilitaire et socialisante de ces démarches est particulièrement explicite dans la définition que donne le Grand dictionnaire terminologique de l'Office Québécois de la Langue Française (O7QLF, 2002) de la notion d’« Information Literacy » ou de « culture de l’information : « ensemble de compétences permettant de reconnaître l'existence d'un besoin d'information, d'identifier l'information adéquate, de la trouver, de l'évaluer et de l'exploiter en relation avec une situation donnée, dans une perspective de résolution de problème. »[3]. C’est bien cette perspective qui conditionne également l’essentiel des compétences et l’orientation même du Brevet Informatique Internet français (B2I). Malgré les déclarations d’intention assez ambitieuses, selon lesquelles il s’agit de « dispenser à chaque futur citoyen la formation qui, à terme, le mettra à même de faire des technologies de l'information et de la communication une utilisation raisonnée, de percevoir les possibilités et les limites des traitements informatisés, de faire preuve d'esprit critique face aux résultats de ces traitements »[4], le contenu effectif du brevet ainsi créé consiste pour l’essentiel à faire acquérir un « bagage minimum » constitué des opérations informatiques « de base », en vue principalement d’une utilisation d’abord « efficace » des outils concernés, et devant se conformer à certaines règles d’usage[5]. Enfin, au delà du B2I, dans un grand nombre de textes, l’enjeu politique de cette « alphabétisation » numérique est le plus souvent réduit à celui de la compétitivité au sein de ce qui est défini comme une « économie de la connaissance », ainsi qu’en témoigne la « stratégie de Lisbonne » qui fixe à l’Union Européenne l’objectif de « devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde »[6].

 

Or, l’institution scolaire, à condition qu’elle comprenne et évalue correctement ce qui est ici en jeu, ne peut ni ne doit avoir pour rôle d’accompagner servilement le développement de ce nouveau milieu technique et psychique dans lequel grandissent déjà largement les enfants d’aujourd’hui, milieu dont les normes et les usages sont définis pour l’essentiel suivant les critères des multinationales du secteur. D’une part, selon nous, parce que l’école n’a pas à être seulement au service de l’insertion sociale et professionnelle des jeunes, ni à se déterminer d’abord en vue du développement économique des nations : elle se doit de rester fidèle aux idéaux d’émancipation individuelle et de formation intellectuelle tels que la philosophie des Lumières, en particulier, en ont posé le primat. D’autre part, parce que les instruments dont nous nous entourons en général, et les instruments cognitifs en particulier – et les « TIC » sont bel et bien des « technologies de l’esprit »[7], tout comme les médias audiovisuels -, de même que les supports de la transmission culturelle – volumen, codex, livre imprimé, enregistrement analogique puis numérique, etc. - ne sont pas neutres ni ne jouent un rôle secondaire ou auxiliaire qui pourrait être négligé : ils forment le milieu instrumental dans lequel et par lequel se développent et se réfléchissent les psychés individuelles, ils ont donc à leur égard un rôle constitutif ; ils représentent d’autre part, en tant que technologies de la mémoire ou mnémotechniques, les nouvelles formes et objets dans lesquels s’inscrivent, s’écrivent et se conservent les expériences humaines de notre époque, bref de nouveaux vecteurs de culture et d’individuation collective. Ainsi l’état général de ce milieu psycho-technique, les bons usages et les mésusages qui en sont faits ou peuvent en être faits, son développement et son « contrôle » même, devraient être l’objet d’une attention toute particulière, a fortiori de la part du système scolaire et universitaire, dont on pourrait dire que c’est en un sens la mission même.

 

C’est pourquoi celui-ci devrait chercher à conquérir une position de force et une crédibilité scientifique, au sens large, dans ces nouveaux domaines pour pouvoir prétendre établir des critères de référence, définir des corpus, faire mûrir les pratiques et les estimer, voire développer par lui-même ou sous sa direction les solutions logicielles ou matérielles spécifiques dont il aurait besoin. La formation au plus haut niveau des enseignants, documentalistes ou non, est donc ici un préalable essentiel, ce qui suppose évidemment en amont un effort très conséquent en termes de recherche théorique et pratique, et la constitution de véritables « disciplines » et de cursus universitaires reconnus en ces matières. C’est à ces conditions que l’école – primaire et secondaire – pourrait alors dispenser, en aval, les éléments de ce qui serait une « culture numérique » de référence, faite à la fois de pratiques et d’objets – un corpus d’œuvres numériques et non seulement numérisées par exemple - choisis pour leur valeur culturelle et formatrice, comme elle a transmis et s’efforce de transmettre encore en ce sens les éléments d’une culture lettrée pluri-séculaire. A rebours d’une logique d’adaptation servile et à courte vue, l’école doit donc selon nous pouvoir jouer et assumer un rôle prescripteur dans ces domaines, et ce dès la primaire, ce qui suppose d’abord d’élever le niveau d’expertise et des moyens de recherche du système scolaire tout entier. De même qu’elle n’apprend pas seulement à lire et à écrire mais aussi comment il faut lire et ce qu’il faut lire, il faudrait qu’elle acquiert les moyens, politiques et intellectuels, de définir et d’enseigner des règles et des canons pour une « culture numérique » possible. Car ces nouvelles techniques et ces nouveaux supports doivent être considérés par l’école comme de nouveaux instruments du savoir et du sentir, un nouveau milieu de connaissance et de création, à comprendre, à promouvoir et à transmettre, et qui vient non pas se substituer mais s’ajouter et même s’articuler, quoiqu’encore difficilement, à la culture proprement livresque, dont la transmission et la continuation ont été jusqu’ici, et restent, ses missions fondatrices et directrices.

 

De toute façon, la situation a considérablement évolué depuis le lancement de ces premières politiques : il ne sera bientôt plus nécessaire ou presque d’expliquer le fonctionnement de base de ces outils aux élèves de collège, car ils en ont déjà un usage très familier, largement constitué en dehors de l’école[8], mobilisant de multiples logiciels, solutions et plateformes d’échange et de communication. Ces générations d’élèves en « savent » plus que leurs enseignants en la matière, tant ils sont précocement immergés dans ces nouveaux medias : plus précisément, car ce « savoir » n’est en réalité la plupart du temps qu’une familiarité ou habitude d’usage – voire une manie, à la frontière de l’addiction -, qui s’accompagne en fait d’une grande méconnaissance technique des appareils et des systèmes en eux-mêmes, on pourrait dire que les jeunes d’aujourd’hui en sont des usagers très efficaces, et ce d’autant plus qu’ils en ignorent les rouages et les fondements : ils y opèrent massivement les yeux fermés, « eyes wide shut ». Il y a aussi là une voie importante à approfondir pour l’école : augmenter non pas le niveau de « compétence » des élèves – c’est à dire leur niveau d’usage -, mais leur savoir technique de ces appareils et de ces systèmes, la connaissance de leur histoire et de leur fonctionnement interne, et développer plus largement une culture technique. En attendant, cette nouvelle situation d’immersion précoce signifie aussi qu’aujourd’hui l’influence prégnante exercée sur la jeunesse par les industries qui contrôlent ces secteurs et le marketing est plus grande qu’auparavant, et continue de s’accroître, ce qui confère son caractère de crise à la situation. Car, dans le même temps, les études sociologiques montrent que le rapport des enfants et des adolescents aux « institutions de programme »[9] traditionnelles que sont l’école et la famille, prend la forme d’un certain discrédit, tend à devenir plus conflictuel et moins assuré : il y a bien une crise de la « culture légitime », culture dont l’école est porteuse par principe, et, au delà, une brisure dans les relations inter-générationnelles qui tend à enfermer enfants et adolescents dans des relations entre pairs et à les rendre tout à fait étrangers voire hostiles aux valeurs culturelles portées par le monde adulte et scolaire. La sociologue Dominique Pasquier, qui a bien étudié ce qu’elle appelle la « culture lycéenne », analyse ainsi ce renversement :

 

« Il y a en effet un renversement du schéma de la reproduction dans les jeunes générations : aujourd’hui, les hiérarchies culturelles s’élaborent plus au sein des groupes de pairs que par transmission verticale, des parents aux enfants. On assiste à un décrochage de la culture humaniste et à un renforcement du pôle de la culture populaire, avec un poids central de la culture commerciale comme culture commune entre les jeunes. »[10]

Car il faut bien comprendre que se joue ici ce que le philosophe Bernard Stiegler analyse comme une bataille pour la captation du désir le contrôle des esprits, qui oppose de plus en plus frontalement les pratiques et la logique du marketing aux processus de transmission familiaux et scolaires : or, les medias audiovisuels et les nouveaux outils de communication sont les instruments essentiels et le terrain privilégié de cette bataille, entre autres parce qu’ils sont les vecteurs de cette « culture commerciale », fabriquée par le marketing, et dont Dominique Pasquier souligne le « poids central (…) comme culture commune entre les jeunes ». Pour le moment, les acteurs dominants de la « société de l’information » sont en effet des firmes dont le but est principalement de capter du « temps de cerveau disponible »[11], de solliciter l’attention et l’activité de l’usager dès le plus jeune âge, pour satisfaire des annonceurs publicitaires, ce qui les amène à entrer en concurrence, et même en conflit, en premier lieu avec le temps et la logique scolaires. Une politique des medias et des « TIC » à l’école ne peut se permettre d’ignorer la réalité ni la gravité de cette concurrence nouvelle, et doit au contraire selon nous en partir et y répondre.

 

De plus il est maintenant établi que cette exposition précoce et croissante aux médias et aux nombreux terminaux numériques favorise chez les enfants le développement d’un certain type d’attention psychique, en quelque sorte multi-tâches ou multi-polaire, vigilante et volatile à la fois, au détriment des possibilités d’attention soutenue. Or cette attention éclatée est presque antinomique avec l’attention requise par une posture d’étude, celle de l’école, et c’est sous cet angle d’abord qu’il faudrait appréhender les problèmes de concentration voire d’ « hyper-activité » des élèves en classe, dont se plaignent fréquemment les enseignants d’aujourd’hui. Il est certain en effet que cela affecte déjà la manière de travailler en général des élèves et en particulier leur rapport aux textes et aux œuvres, principaux supports de l’école, leur pratique de lecture, leur manière de lire et, par là même d’écrire. Dans des études qu’il a menées sur les pratiques de lecture numérique, Alain Giffard[12] qualifie de « pré-lecture » l’acte de lire le plus couramment pratiqué lorsque l’on navigue sur le Web : la lecture y ressemble à une sorte de scannage, fait de repérage et de sélection, au mieux d’un pré-montage ; et il distingue cette forme de lecture numérique de la « lecture d’étude », classique, livresque et lettrée, telle qu’elle s’est constituée historiquement depuis le Moyen-Âge autour de l’objet-livre. Or, cette pré-lecture a précisément les caractéristiques du mode d’attention très réactif et volatil entrainé par la surexposition aux médias : elle se révèle réactive/instable, multidirectionnelle/superficielle. Ainsi Alain Giffard montre que le risque est grand que la « pré-lecture » numérique devienne la « lecture de référence » des prochaines générations de collégiens, qui font partie de ce que l’on appelle les « digital natives », ce qui pourrait rendre quasiment impossible l’enseignement et la pratique de la lecture lettrée :

« Technique par défaut, risque de confusion entre pré-lecture et lecture, entre lecture d'information et lecture d'étude, entre les différentes attentions, place de la simulation, contexte d'autoformation, arrivée de la génération des "natifs du numérique" dont certains prennent la lecture numérique comme référence: tous ces éléments peuvent se combiner. Le risque est grand alors de ce que certains chercheurs anglais appellent "reading without literacy", une lecture sans savoir lire qui est la forme la plus menaçante d' " illettrisme électronique ". »[13]

On peut soutenir en effet que cette pré-lecture n’est pas une « véritable » lecture, parce que lire – de manière soutenue, profonde ou attentive - c’est toujours déjà relire, et (re)lire c’est en un sens toujours déjà écrire. La pré-lecture au contraire est une simulation de lecture : la lecture numérique telle qu’elle est souvent pratiquée ressemble à une lecture effective – elle parcourt les principales opérations de toute lecture -, mais elle ne s’intériorise pas, ne résonne pas en elle-même, ne laisse pas trace d’elle-même, ne s’inscrit pas; elle est simple lecture ou lecture simple là où la lecture soutenue est par principe lecture redoublée, comme pliée sur elle-même, lecture de lecture, et en ce sens déjà écriture : écriture intérieure qu’une annotation effective (que l’on laisse dans les marges d’un livre par exemple) vient parfois matérialiser. Privé de cette dimension itérative et réflexive, comme privée de mémoire, la pré-lecture numérique tend à se réduire à une opération mécanique de repérage et de collecte, qui ne peut prendre vraiment sens qu’à la condition de se prolonger en une lecture d’étude.

 

De son côté, la textualité numérique produit un effet de « mise à plat » et de dissémination ou de fragmentation des textes, et en particulier des œuvres, du fait de l’homogénéité et du type d’unité du support – la page web -, ce qui renforce les effets d’éclatement et de discontinuité, et surtout ce qui revient de fait, comme y insiste Alain Giffard, à confier au lecteur, et sans que celui-ci ne s’en rendre toujours compte, une grande responsabilité de lecture, inédite jusque là[14] : sur le web, on ne trouve en un sens que des « extraits » – même lorsque le texte est intégral – reliés « librement » entre eux – de manière plus ou moins étroite et pertinente, bien souvent de manière chaotique –, et c’est au « visiteur », comme l’on dit de manière significative, d’organiser presqu’entièrement son voyage ou son errance, de s’orienter dans sa « navigation », de constituer son objet. Sinon, si le lecteur n’a pas les moyens de compléter ainsi sa lecture, c’est la page html elle-même telle qu’elle est qui fera à ses yeux unité et sens : ainsi, deux ou trois pages reproduisant des extraits du Contrat Social de Rousseau pourront apparaître comme constituant à elles seules l’ensemble de l’ouvrage aux yeux de certains élèves.

Notons enfin l’instabilité structurelle, mais masquée, du Web : celui-ci n’a pas la constance ni la consistance d’un livre – objet fini et stable, broché, paginé, etc. –, ni d’une bibliothèque, mais doit plutôt être comparé, comme on l’a déjà fait, à une sorte d’organisme indéfini, en incessante reconfiguration, même si certaines régions peuvent demeurer relativement fixes un temps : la durée de vie moyenne d’une URL serait d’une centaine de jours. D’où les tentatives et les difficultés d’une politique patrimoniale du Net : que signifie conserver ce qui est à ce point changement ? Or cette obsolescence rapide des chemins de navigation et du contenu même, le Web s’effaçant en quelque sorte à mesure qu’il s’écrit, complique, côté sujet, la constitution et la mémorisation de parcours consistants - comment suis-je arrivé déjà jusqu’à ce site, se demande-t-on souvent : et la disparition d’une page ne laissant aucun vide, c’est un peu comme si elle n’avait jamais existé. Ainsi se produit un effet de plein voire de plénitude, qui masque en fait l’instabilité chronique et l’incomplétude du contenu mis en réseau : beaucoup d’élèves pensent qu’il y a « tout » sur Internet et que ce qui n’est pas sur Internet n’existe pas non plus en dehors. En tout cas, cette instabilité et cette sorte d’amnésie, même ou surtout lorsqu’elle reste inaperçue du lecteur, rend elle aussi plus difficile la pratique du Web en tant qu’instrument de mémoire et par là d’apprentissage : notons à cet égard le paradoxe qui fait que les visites sur le Net sont systématiquement enregistrées par les prestataires de services (les hits font l’objet d’un intense profiling[15]), mais qu’il est pour le moment pratiquement impossible à l’utilisateur lui-même, si ce n’est par bricolage, de conserver des traces élaborées de ses propres lectures en ligne (au delà de l’historique simpliste des logiciels navigateurs), et par là de constituer celles-ci en de véritables expériences de lecture. Le Web est presque sans mémoire pour l’utilisateur final, ce qui lui interdit de fait de le manipuler comme l’équivalent d’une sorte de bibliothèque personnelle, tant il est difficile, littéralement, de s’y retrouver.

 

Du point de vue plus général, on peut dire que le Web – au sens large du système formé par le réseau lui-même, son architecture, son langage et ses interfaces - est un outil pour l’instant techniquement très incomplet et pauvre lorsque l’on veut essayer d’en faire un instrument d’étude ou de savoir, un instrument « scolaire » ou « savant », et non seulement de communication ou de vie quotidienne : presque tout ce qui fait l’utilité et la fécondité d’une bibliothèque notamment – un corpus déterminé, organisé, hiérarchisé, spatialement disposé, présenté et incarné par des documentalistes -, y fait défaut. Et de fait, les recherches sur le Net les plus averties sont justement celles pratiquées par des individus ayant intégré, pratiqué et pratiquant encore les méthodes de la culture lettrée classique, ce qui leur permet d’assurer par eux-mêmes les fonctions que l’outil ne remplit pas de lui-même ou donne seulement l’impression de remplir, en les simulant : à cet égard, il faut déjà prendre garde à ce que ces « savoir-lire » ne disparaissent pas avant d’avoir pu trouver leurs équivalents numériques, ce qui implique de continuer à les enseigner activement. Mais il faudrait aussi se soucier de concevoir des appareils et des logiciels de lecture numérique dotés de nouvelles fonctions, notamment d’annotation et d’archivage élaborés, conçues en vue d’une finalité d’étude, et cette recherche pourrait constituer une perspective de travail intéressante et utile pour l’école et notamment ses centres de documentation. De plus, il est certain que les possibilités inédites de lecture et d’écriture offertes par le texte numérique et notamment de type html – via l’hypertexte en particulier – sont encore loin d’avoir été exploitées ou étudiées pour elles-mêmes : imaginer comment elles pourraient être mises au service de la formation intellectuelle des enfants et des adolescents est bel et bien une tâche décisive, à condition de ne pas seulement « introduire » telles quelles ces techniques dans l’école mais de parvenir à les convertir en instrument de culture.

 

C’est pourquoi, selon nous, il ne peut donc s’agir seulement, pour l’école, de former à la recherche documentaire, au sens restreint de l’expression, car le risque est d’ores et déjà que la lecture en entier se résume à une pratique de recherche d’information : or la recherche d’information en tant que telle n’a de sens que si elle est faite depuis des exigences d’étude et en vue de productions de nouveaux objets d’étude possible. De même, côté apprentissage de la production, les documents ou textes ainsi choisis – et non plus simplement collectés ou extraits du Net - ne devraient plus être purement agrégés, redisposés, recomposés ou mis en page en vue de leur circulation - mais bel et bien lus, relus, étudiés puis finalement comme réécrits, au sein de la rédaction d’un nouveau texte unitaire – un véritable travail scolaire – qui pourrait éventuellement venir à son tour enrichir un fonds documentaire. Durant l’expérience des TPE au Lycée, qui s’est voulue justement un terrain privilégié de mise en pratique des « TIC » à l’école, de très nombreux travaux ont consisté essentiellement dans cette série d’opérations de collecte et de mise en forme sans transformation : l’information a circulé, mais par là peu de choses ont été étudiées – au sens fort - ni même apprises, peu de connaissance produite. Or cette logique de la circulation, par principe rapide, de l’information est justement celle qui rythme déjà massivement la vie des jeunes générations et occasionne les conséquences que l’on a dites : c’est pourquoi l’école doit plutôt jouer ici selon nous le rôle d’un remède ou d’un contre-poison.

De ce point de vue, à moins d’un remaniement conceptuel en profondeur, la notion de « culture de l’information » ne nous paraît pas pouvoir désigner une telle démarche, dans la mesure où cette expression renvoie dans son fond à un sens cybernétique – le traitement d’information : il s’agit toujours essentiellement de définir, chercher, sélectionner, stocker, échanger et redistribuer des données répondant à un besoin ou un problème. L’information est en effet fondamentalement une notion quantitative ou quantifiable, qui impose d’elle-même la réduction du « contenu de sens », par nature non calculable et équivoque. L’information se manipule, s’additionne, se collecte, s’organise, se dispose, s’échange, se distribue, se calcule ; alors que la connaissance ou le savoir s’intériorise au cours d’interactions complexes entre un sujet et un objet, eux-mêmes médiatisés par des instruments. Mais il faudrait entrer ici dans une réflexion bien plus précise sur les rapports entre les grandes notions qui se trouvent au croisement des théories de la culture et des sciences de l’information, notions dont les frontières conceptuelles, épistémologiques et juridiques sont justement chahutées par la nouvelle configuration technologique : « information », « connaissance », « document », « corpus », « œuvre », « texte », « auteur », etc.

 

Pour conclure et résumer, une des questions fondamentales que pose, d’abord à l’école elle-même, le rapport entre l’institution scolaire et les nouveaux medias en général, est donc pour nous celle-ci : comment articuler la culture lettrée pluri-séculaire, telle que l’école en est depuis longtemps la dispensatrice et le sanctuaire, et la culture numérique encore introuvable ou en gestation, et qui se constitue largement en dehors d’elle ? Il y a là sans conteste un problème et une mission essentiels pour l’école en général, et qui ne peuvent que concerner voire préoccuper les enseignants-documentalistes et les centres de documentations en particulier. Plus précisément, comment hisser les usages de cette sorte de « lecture illettrée » qu’est la pré-lecture numérique au niveau de ce qui serait une « lecture numérique lettrée », permettant de pratiquer ces nouveaux instruments dans le sens d’une émancipation des esprits par l’étude ? Comment faire des nouveaux medias plus largement de véritables instruments spirituels, pour qu’ils ne soient plus d’abord des outils de captation mentale et de conformation sociale ? Comment faire émerger ce dont nous avons tant besoin, à savoir les futurs « lettrés » - et aussi mais non seulement des « clercs » - de la prochaine culture numérique ?

 



[3] La note associée à cette définition précise clairement l’enjeu d’abord socio-économique de ces compétences à acquérir : « La maîtrise de l'information nous permettra, grâce à ces compétences, de survivre et d'avoir du succès dans la société de l'information, notamment par la maîtrise des technologies fant accès à cette information. »

[4] BO du N°42 du 23 Novembre 2000 : http://www.education.gouv.fr/bo/2000/42/encart.htm (nous soulignons).

[5] Le B2I insiste notamment beaucoup sur le nécessaire respect de la propriété intellectuelle.

[7] Selon l’expression de Bernard Stiegler.

[8] Selon une étude du Credoc de 2007, le niveau d’équipement informatique des foyers a doublé entre 2000 et 2007, et s’élève en 2007 à plus de 65% de foyers équipés d’au moins un ordinateur (la plupart du temps connecté à l’Internet). Mais l’étude précise que 83% des 12-17 ans disposent d’un ordinateur, et plus de la moitié d’entre eux ont accès à Internet, alors que seul 1 adulte sur 2 a déjà « surfé » sur le Net. Par ailleurs, l’écart d’équipement et d’usage lié à la CSP tend à se réduire. Il s’agit donc bien désormais d’un marché de masse, et principalement axé sur les jeunes générations.

[9] Selon l’expression de Bernard Stiegler, qui distingue ces « institutions de programme » des « industries de programme » ou si l’on veut médiatiques au sens large.

[10] « Les lycéens et la culture », entretien accordé par D. Pasquier à la revue le Débat, Mars-Avril 2007. (Nous soulignons)

[11] Selon l’expression de Patrick Le Lay alors PDG de TF1.

[12] Alain Giffard, spécialiste des technologies de l’écrit, qui a été notamment directeur informatique de la « TGB » et concepteur de la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France, a publié de nombreux articles et essais sur l’hypertexte, les bibliothèques et la lecture numériques, les pratiques culturelles de l’internet, dont certains sont disponibles sur son blog : http://alaingiffard.blogs.com/

[14] Dans le monde du livre, cette responsabilité est largement partagée avec les auteurs et les éditeurs.

[15] Ce qui permet, comme le montre Alain Giffard, la constitution d’une véritable industrie de la lecture, dont les outils AdSense et AddWords de Google sont les meilleurs représentants.

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 16:41

Nos chères têtes blondes sont plus que jamais en ligne de mire dans la traditionnelle bataille tout public que se livrent la presse et la télévision. Axées l'une comme l'autre sur une politique de chaînage aux maillons de plus en plus resserrés, ces deux médias mènent un combat acharné pour recruter dès l'âge de la première couche-culotte au nom des sacro-saintes valeurs ludo-éducatives. Des valeurs qui n'oublient pas le statut de consommateur et de prescripteur des chers bambins.


es sempiternelles disputes parents-enfants sur le temps passé devant le petit écran risquent encore de monter d'un ton cette année, particulièrement au sein des foyers équipés du câble ou du satellite. C'est, par exemple, France 5 qui entame ce mois de mai un test de chaîne éducative en collaboration avec le Centre national de la documentation pédagogique ; ou encore Fox Kids qui émet 24 h/24 depuis le mois de mars. Mais c'est surtout, depuis le 23 avril dernier, l'offre de TPS qui compte rien moins que trois nouvelles chaînes destinées aux jeunes téléspectateurs. Quoi de plus normal pour un bouquet qui se définit comme le plus familial du PAF, mais dont l'offre jeunesse était pour le moins réduite. Les nouvelles chaînes s'adressent aux 4-14 ans, voire plus pour ce qui concerne Boomerang. « En diffusant des dessins animés comme Droopy, Titi et Gros Minet ou Diabolo et Satanas, Boomerang a un côté intemporel qui peut faire craquer les enfants comme les parents », affirme Albine Commissaire, directrice du marketing de TPS Jeunesse. Editée par Turner Broadcasting System, la nouvelle chaîne s'appuie en effet sur les catalogues de la MGM, de Warner Bros et Hanna Barbera pour composer sa grille. Ces trois nouvelles thématiques arrivent dans un média déjà riche en programmes pour enfants. « Il y

 

a effectivement beaucoup de chaînes, mais l'offre était jusqu'à présent mal répartie, estime Xavier Chauvin, directeur de Tfou. Celle de TPS était pauvre par rapport à la concurrence. » Destinée aux 4-10 ans, Tfou se présente comme la petite dernière de la galaxie TF1. « Nous le revendiquons car le concept repose sur une filiation entre TF !, la case jeunesse de TF1, et le site tfou.fr pour en faire une chaîne à la fois généraliste et participative », explique Xavier Chauvin. Créé il y a trois ans en direction des 4-6 ans et dirigé par le même Xavier Chauvin, tfou.fr se positionne en tête des sites jeunesse, avec plus de 40 millions de pages lues, 700 000 visites mensuelles et la participation de quelques 5 500 enfants via les forums, mails, etc. L'interactivité imaginée pour Tfou permet aux enfants de regarder la télévision tout en participant aux programmes, soit via la télécommande, soit via le site. Constitués de dessins animés et de mini magazines, les programmes devraient être étendus à moyen terme à des émissions de plateaux, dixit Xavier Ch

 

auvin. Si l'originalité de Tfou repose sur son interactivité, celle d'Euréka repose sur sa thématique elle-même, à savoir l'aventure, la découverte et la connaissance à destination des 7-14 ans. Développée directement par TPS Jeunesse, elle se présente comme "la

 

télé pour tout capter". « Alors qu'il existe sur les chaînes hertziennes des émissions comme Va Savoir ou C'est pas sorcier, les thématiques étaient jusqu'à présent surtout concentrées sur le rêve et le divertissement, constate Albine Commissaire. Nous avons voulu combler un manque en nous adressant à des tranches d'âges plus élevées, tout en essayant de ne pas tomber dans le piège de la chaîne ludo-éducative barbante. »

LES THÉMATIQUES SÉDUISENT GRANDS ET PETITS

 


Ces trois nouvelles chaînes n'arrivent pas dans le paysage audiovisuel par hasard. Les derniers résultats MédiaCabSat de mars dernier montrent en effet que l'audience des thématiques sur les enfants a nettement le vent en poupe. Comme le résume Louisa Taouk, directrice du département Junior Stratégies de Sorgem : « Il existe un consensus des parents sur la compétence de ces chaînes thématiques. Ils leur font confiance et n'hésitent pas à leur

 

confier leurs enfants. De leur côté, les enfants sont conscients que le territoire qui leur est propre

 

s'étend petit à petit, qu'ils font l'objet d'une attention plus forte de la part des adultes et c

 

ela les valorise. » La forte augmentation de la part d'audience est due en partie à l'élargissement de l'offre destinée à cette cible, qui, de généraliste, s'est segmentée par tranches d'âge et même par moments de diffusion avec le système du Replay (décalage d'une heure dans la diffusion d'un programme). L'an dernier, l'offre s'est ainsi élargie à trois nouvelles chaînes Disney et à Télétoon + 1. « Contrairement à ce que certains pouvaient penser, le format Replay nous a permis d'augmenter l'audience de Télétoon, se félicite Albine Commissaire. Même si on sait que la durée d'écoute n'est pas infinie, c'est un véritable service qui apporte plus de choix. » Globalement, la dernière étude MédiaCabSat a montré que le poids des 10 chaînes jeunesse étudié

 

es dans la consommation TV des initialisés s'élève désormais à 32,2 % contre 30,4 % lors de la dernière vague sur les 4-10 ans, et à 27,9 % contre 25,8 % sur les 4-14 ans. Canal J confirme son leadership sur les deux cibles (7,8 % de part d'audience sur les 4-14 ans et 8,2 % sur les 4-10 ans), et TiJi réalise la meilleure progression (un point supplémentai

Enfant_roi.jpg

re à 5,1 % de par

 

t d'audience sur les 4-10 ans). Télétoon et Télétoon + 1 réalisent 7,2 % de parts d'audience sur les 4-10 ans contre 6,8 % pour Télétoon sur la vague précédente. Disney Channel et Disney Channel +1 recueillent au global 4,7 % sur les 4-14 ans contre 4,2 %, et l'ensemble des quatre chaînes Disney génèrent 6,6 % sur cette cible. Deux chaînes sont, en revanche, à la baisse, Cartoon N

 

etworks qui perd 1,1 point sur les 4-10 ans et 0,4 point sur les 4-14 ans, et Fox Kids en recul de 1,6 point sur les 4-10 ans et de 1,2 point sur les 4-14 ans. Il est d'ailleurs significatif de voir que la deuxième place du classement général des thématiques est occupée par une chaîne jeunesse, Canal J, qui, avec 1,4 % de part d'audience, remonte d'une place derrière RTL9, au détriment d'Eurosport. « Nous avons commencé par élargir notre cible strictement enfants avec des émissions comme Lollytop, le magazine des filles qui donne des conseils de beauté, de mode, de décoration, et maintenant nous nous apercevons que nous fédérons beaucoup les famille

 

s », raconte Anne-Catherine Quillec, directrice du marketing de Canal J et TiJi. Pour asseoir ses positions auprès des parents, mais surtout des enfants, Canal J a renforcé depuis plusieurs mois son programme d'opérations spéciales visant à augmenter sa notoriété. 77,8 % des foyers avec enfants citent déjà la chaîne spontanément ou en assisté (notoriété globale - baromètre CSA TMO mars 2003). « Nous réalisons énormément de choses avec les éditeurs papier ou vidéo c

 

ar nous suivons de près nos programmes hors antenne, pour montrer qu'ils ont une vie après la télé, précise Anne-Catherine Quillec. L'autre axe promotionnel est de suivre ce qui intéresse les enfants. » Canal J s'est ainsi associé récemment à la sortie vidéo de Spirit l'étalon des plaines, le dernier film du studio Dreamworks, en mettant sa marque sur l'ensemble des vidéos et DVD (530 000 ex.), en réalisant un jeu concours avec les Passeports Hachette et en étant partenaire du Ranch Tour, une opération promotionnelle permettant aux enfants de faire du poney sur les parkings des supermarchés. La chaîne est également partenaire du groupe de jeunes grenobloises Sweet Génération, distribué par Warner Music. Cet été, elle s'associera à CanalSatellite et Europe 2 dans une tournée d'une dizaine de plages du sud de la France. La chaîne des plus petits n'est pas non plus absente de ce programme promotionnel. TiJi vient, pour sa part

 

, de signer un accord avec les éditions Play Bac, pour les Incollables. Plus de 225 000 boîtes d'Incollables, de l'Imagerie au CP, porteront le logo de la chaîne et comprendront un jeu TiJi. Bien évidemment, la concurrence ne reste pas inactive côté opérations spéciales. Télétoon a, par exemple, parié sur la folie Beyblade, dont la chaîne diffuse la série en même temps que France 3 depuis octobre dernier. Les deux chaînes étaient partenaires du premier tournoi national qui a été créé cette année autour de ces toupies de combat, déclinées en jouets par Hasbro. Entre l'offre jeunesse des chaînes herziennes et les thématiques, le paysage médiatique est (encore) relativement simple car globalement concentré. Il en va tout autrement dès qu'on se

 

tourne vers l'autre média de prédilection des enfants : la presse. Comme le résume Nicolas Waintraub, directeur commercial de DHP (Disney Hachette Presse) : « Le marché est saturé. C'est également un marché très segmentant où la durée de lecture d'un titre change très vite et est extrêmement courte, 3-4 ans en moyenne. » On peut ajouter que la durée de vie des titres eux-mêmes est aussi souvent courte. Mi-avril, sur le marché des 0-7 ans, on recensait 34 titres r

 

éguliers et une trentaine de "one shot", hors-séries, albums, magazines associés à une K7 vidéo ou un DV... Au rayon des 8-14 ans, on ne comptait pas moins de 66 parutions régulières et une quarantaine de titres aux parutions irrégulières. « La presse jeune est globalement plus encombrée sur la tranche des 8-12 ans car c'est la cible sur laquelle il y a le plus gros potentiel publicitaire », note Pascale Lévêque, directrice d'études du pôle famille d'Interdeco. Le panorama des titres qui leur est proposé a considérablement augmenté au gré de l'actualité cinématographique ou musicale, mais aussi, et surtout, des émissions de télévision, reality show en tête. Les Loft Story et autres Star Ac' ont fortement contribué à booster le phénomène. Un éditeur comme le

 

Groupe Tournon est de ceux qui surfent sur cette vague. Son activité se répartit en effet entre une presse récurrente, pockets, comics américains, et une presse événementielle, démarrée avec des licences comme Barbie, Tortues Ninja, les Simpsons ou Loft Story. « Mais les licences, c'est cher, cela demande des approbations souvent difficiles à obtenir et cela nous limite dans les thèmes traités, nous avons préféré arrêter cette activité », raconte Henri-Claude Prigent, patron du groupe qu'il a créé en 1988. Dans la cinquantaine de titres réalisés par l'éditeur, essentiellement des bimestriels, figurent des magazines comme Cinéfilm, axé sur un thème (Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux...), Série TV ou Kids Film centré sur les toupies de combat autres que les fameuses Beyblade. L'éditeur vient également de lancer, ce 15 mai, Prime Star, qui traite de l'actualité musicale des artistes en vogue chez les jeunes. « Nous l'avons lancé à 200 000 exemplaires, avec la volonté de ne pas en faire un journal de coups, explique Henri-Cl

 

aude Prigent. Notre politique est d'être véritablement réactif à une demande. Nous ne sommes pas un groupe spécialisé, nous sommes un groupe de ventes de journaux qui répond aux engouements des enfants et adolescents. S'il n'y a pas d'actualité qui leur parle, on ne vend pas. A cet égard, on ne sait pas le nombre de titres que nous diffuserons l'an prochain. » Quoi qu'il en soit, ce marché de la presse jeunesse liée à un événement ou un personnage emblématique continue de multiplier les lancements. Entre mars et mai, sont ainsi arrivés dans les kiosqu

 

es Maniak, un

 

mensuel lancé par Darwin Project à destination des 8-14 ans adeptes de jeux à collectionner (Yu GI-Oh, Pokémon...) ; ou encore Spider Man Magazine et Chair de Poule, un mensuel de BD et un bimestriel présentant une nouvelle inédite de R.L Stine, l'auteur des romans Chair de Poule, deux lancements signés Panini France. Mais ces nouveaux magazin

 

es vont également vers des thématiques plus pérennes. A l'instar de Mona, mensuel mis sur le marché par Millénaire Presse fin mars, avec Mona Lisa en couverture et qui se présente comme "le premier magazine qui regarde l'art avec des yeux d'enfants", en l'occurrence ceux des 7-11 ans. Une thématique déjà abordée par un autre titre récent, Art Kids de Selling Media. « Le marché est effectivement extrêmement dynamique et on constate que les lancements de one shot ne dimin

 

uent pas l'intérêt des enfants pour les titres réguliers », note Pascale Lévêque. L'étude Consojunior 2002 montre, en effet, une évolution de 12 points dans la lecture des magazines par les 2-7 ans, une lecture également plus régulière qu'en 2000. Les taux d'abonnements sont également en hausse de 6 points. Chez les 8-12 ans, Consojunior recense 3 millions d'enfants lecteurs, dont 87 % lecteurs de presse jeune et 57 % d'abonnés. Ils lisent en moyenne 9 titres dans l'année. Des tendances qui confortent les poids lourds historiques que sont Disney Hachette Presse, Bayard Jeunesse, Milan, Fleurus et Excelsior. « Nous avons d'ailleurs créé ensemble un collectif Presse jeune en avril 2002 afin d'obtenir une meilleure visibilité des titres en kiosques, en segmentant les titres par tranches d'âge pour que ce soit plus clair », raconte Nicolas Waintraub. Dans ces groupes, la stratégie est avant tout de garder la ligne directrice, pas de multiplier les coups pour suivre la tendance du moment. « Bayard Jeunesse, c'est 25 ans d'expérience au serv

 

ice et à l'écoute des enfants. Si nous sommes toujours là, c'est que nous savons aussi nous adapter à leurs évolutions, sans pour autant répondre à la demande au sens où l'entend le marketing pur et dur », précise Clotilde Bazille, chef de marché sur la petite enfance. Chez Bayard, le dernier relancement date de septembre dernier et concerne Premières Histoires, une déclinaison de Belles Histoires lancé un an auparavant. La nouvelle mouture consiste en un petit format qui tient bien dans la main des petits, avec des pages cartonnées et une typographie plus lisible. Le groupe s'apprête également à diffuser en septembre prochain un hors-série du bimensuel Pomme d'Api Soleil, une des deux publications axées sur l'éveil religieux de l'enfant avec Grain de Soleil, diffusée par abonnement et trois fois par an en kiosques.


UNE COMPLÉMENTARITÉ MÉDIA QUI RESTE À ASSEOIR

 


Chez Disney Hachette Presse, on a, en revanche, accéléré la cadence depuis quelques mois. Début janvier, Le Journal de Mickey est revenu avec un nouveau format, un nouveau papier et une maquette plus aérée privilégiant les fiches, les posters, la BD. Dans le même temps, Minnie Magazine, créé en 1996, est devenu Witch Mag à la fois pour coller au succès de la série Witch, mais aussi pour le faire évoluer vers un titre plus axé sur les centres d'intérêt des petites filles d'aujourd'hui. Un parti pris qui avait déjà sous-tendu le lancement du trimestriel Princesse en novembre dernier à destination des 3-7 ans. « Un magazine comme Le Journal de Mickey, qui est né en 1934, a évidemment connu des modifications depuis, mais tous les 5-10 ans en moyenne. Aujourd'hui, avec la télévision, Internet, les jeux vidéo, les enfants sont exposés à un nombre croissant de loisirs, il nous faut nous aussi faire évoluer nos titres plus rapidement », explique Nicolas Waintraub. Cette accélération des modifications du comportem

 

ent des enfants a d'ailleurs conduit Interdeco à mener l'an dernier, avec Secodip, à partir de Consojunior, une étude spécifique sur la typologie de fréquentation des médias des 8-12 ans. « Il en ressort notamment qu'il n'y a plus de mono-média, que ces enfants sont exposés à plusieurs d'entre eux et que les plus exposés sont également les plus consommateurs et les plus prescripteurs », commente Pascale Lévêque. Une analyse qui va dans le sens de la complémentarité des médias, en bonne logique pour une régie presse confrontée au poids de la télévision. Selon l'analyse de la pagination publicitaire de la presse magazine par centres d'intérêt de TNS Media Intelligence, le secteur jeunesse a vu son nombre de pages baisser l'an dernier de 8,7 % (6 093 pages). Si le poids du petit écran demeure prédominant dans des marchés comme l'alimentaire ou les jeux et jouets, on constate toutefois qu'un certain nombre de marques jouent la c

 

omplémentarité des médias. « Nous utilisons maintenant plus la presse enfants comme une presse classique, confirme Virginie Bruyndonckx, directrice du groupe commercial Bayard Jeunesse chez Interdeco. Cela tient notamment aux offres commerciales faites par les régies comme, chez nous, Maternelle Plus pour Bayard ou Espace 7-12, qui regroupe des titres de Bayard Jeunesse et de Disney Hachette Presse avec un taux de couverture de 62 % sur les 8-12 ans. » Ce type d'arguments a, par exemple, convaincu Mattel, jusqu'alors pro télévision, comme la plupart des fabricants de jouets. « Nous sommes une des rares marques à investir au permanent aussi fortement, raconte Régine Jean-Rabechault, directrice du marketing de Mattel France. Avant, nous étions exclusivement télé. Aujourd'hui, compte tenu de notre portefeuille de marques, nous couvrons une cible suffisamment large pour continuer à investir en télévision, mais aussi profiter d'opportunités dans la presse pour des ciblages plus précis. » Le groupe américain joue ainsi la stratégie de média de complément dans les titres destinés aux 0-2 ans pour les gammes premier âge et pré-scolaire de la marque Fischer Price. « C'est une tranche d'âge qui ne regarde pas ou peu la télévision et pour laquelle la presse représente un moment de partage avec la maman, note Régine Jean-Rabechault. Nous complétons en investissant dans des titres destinés aux jeunes mères de famille. » La marque des personnages de Little People, par exempl

 

e, fait ainsi l'objet cette année d'un plan décliné à la fois dans des magazines comme Popi pour le

 

s nourrissons et Maman et Infocrèches pour leur mère. Pour le pré-scolaire, la gamme de jeux de construction Imaginext était présente durant les vacances de Pâques à la fois en télévision et dans des titres destinés aux petits garçons comme Babar ou Picoti. Mais cette stratégie ne concerne pas que le marché de la petite enfance. « Nous innovons également cette année en complétant la communication TV faite du 15 janvier au 31 décembre autour de My Scène de Barbie par une campagne presse, précise Régine Jean-Rabechault. C'est justifié par le fait qu'il s'agit d'u

 

ne gamme destinée aux 8-10 ans, des petites filles plus âgées qui ont des habitudes médias plus diversifiées que leurs cadettes. » Cette complémentarité des investissements est également une carte jouée par Procter. Traditionnellement habitué à parler aux mamans avec sa marque Pampers, le groupe américain a commencé à s'adresser directement aux enfants avec le lancement de Kandoo, mis sur le marché en août dernier. Raccourci de "You can do it yourself", ce produit, dont le nom sonne comme une marque de voiture, est en fait une lingette pour les 3-5 ans, jetable dans les toilettes après usage (voir MM n° 72). « Nous avons commencé à nous adresser directement aux enfants en octobre dernier à travers un partenariat mené avec le magazine Toupie, leur donnant des conseils pour devenir propres de manière ludique », raconte Valérie

 

-Anne Guidollet, chef de groupe Baby Care chez Procter & Gamble. Cette année, Kandoo a déjà été soutenu de mars à mai par deux films, un destiné aux parents diffusé sur les chaînes généralistes et un film enfant diffusé lors des programmes jeunesse sur les hertziennes et les chaînes du câble et satellite. En presse, les marques privilégient les opérations spéciales, avec un message souvent ludo-éducatif autour d'un personnage. C'est le professeur Weetos des céréales Weetabix ou encore la petite souris Elmy des dentifrice et brosse à dents Elmex. Après une première opération destinée à amener du trafic vers les pharmacies, menée l'an dernier dans Pomme d'Api « qui avait permis de multiplier leurs ventes par 6 », dixit Virginie Bruyndonckx, la marque bucco-dentaire des Laboratoires Gaba réitère cette année l'opération sous la forme d'un concours de dessin. Vittel, qui vient de lancer deux eaux aromatisées Fraise Baléze et Pro la Pèche à destination des 3-6 ans, soutiendra ce lancement par un jeux concours dans un titre de presse enfantine qui reste à déterminer à l'heure où nous mettons sous presse. C'est la seule opération média menée pour ce lancement. La presse fait ainsi, dans ce cas, figure d'exception, mais aussi de passage obligé. « Il y a beaucoup de communication de lancements en presse jeune car cela marche fort sur les enfants et les jeunes mères, explique Virginie Bruyndonckx. Il y a de ce fait un turn-over d'annonceurs important. Il faut faire beaucoup de prospections, mais au global on garde les mêmes volumes. »

 

BAYARD PRESSE-ELMEX ENFANT, UN EXEMPLE DE PARTENARIAT


Pour communiquer sur le dentifrice Elmex Enfant, les Laboratoires Gaba se sont associés à Bayard Presse pour l'édition d'un "Mini Pomme d'Api". Inspiré de l'original, ce mini magazine de 16 pages a été offert en prime direct pour l'achat d'un lot de deux dentifrices. 36 000 exemplaires ont été mis à disposition des pharmaciens et des espaces santé. Cette opération, qui s'est déroulée de septembre à décembre 2002, a été relayée par les chirurgiens dentistes. 56 000 mini magazines ont été distribués dans les salles d'attente. A l'intérieur du magaz
 ine, un jeu permettait aux lecteurs de gagner 5 000 abonnements d'un an à "Popi", "Pomme d'Api" ou "Youpi". D'une manière plus classique, les Laboratoires Gaba poursuivent cette année leur collaboration avec Bayard Presse sous la forme d'un concours de dessin annoncé dans les pages du mensuel.




Source : Marketing Magazine N°79 - 01/05/2003 - Léna Rose

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 09:45

Jeudi soir, une vingtaine de parents ont participé au débat proposé par l'association Marmouzien, débat mené par Céline Morvan, psychologue libérale. Le thème de réflexion était : « Les enfants et les écrans ». Il incluait tous les types d'écrans, téléviseurs, ordinateurs, jeux vidéos, cinéma, téléphones portables. « L'évolution technologique rapide depuis vingt ans en ce domaine a eu un impact important dans les familles », a commenté la conférencière. Les effets sur le physiqueln56_961683_1_px_470_.jpg Céline Morvan a d'abord présenté les effets de la pratique de ces écrans sur le physique de l'enfant, des effets plutôt négatifs (réduction du temps de somm eil, construction du corps particulière induite par une immobilité prolongée en position assise, effets neurologiques enregistrables par électroencéphalogramme proches de l'hypnotisme...).

Les effets sur le psychisme. En revanche, elle a relevé les aspects positifs qui peuvent être bénéfiques pour le psychisme de l'enfant : apprentissage du langage, exercice de la mémoire, pratique d'une motricité fine, éveil et ouverture sur le monde. Mais la psychologue indique une condition majeure à cette pratique : « Il est impératif que les enfants soient accompagnés par leurs parents. » Il en résulte quelques règles de conduite, (le téléviseur dans la pièce commune, la présence d'un adulte pour guider et commenter, des règles horaires...) qu'elle a indiquées aux parents. Le problème de la violenceLa perception de la violence par les petits, et sa possible ba nalisation au travers des écrans pour les plus grands, ont suscité un long débat.


Quelques références

En livres : Les écrans dévorent-ils nos enfants de Monique Brachet-Lehur ; Les dangers de l'écran de René Blind et Mickaël Pool. Sur Internet : dans le site Union nationale des associations familiales, cliquer « écrans et médias : une affaire de famille ».


Source : Ouest France - samedi 3 avril 2010 - AI

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:56

La parole à Jacques Beaune, président de la Fédération française de cardiologie...

Les enfants d’aujourd’hui sont-ils les cardiaques de demain ?
Oui, car leur mode de vie change. L'activité physique diminue car leurs loisirs se passent désormais devant les écrans. Ils fument plus qu’avant, surtout les filles, et touchent à leur première cigarette dès 11 ans. Leur alimentation est plus riche en graisses, en sucres et parfois en alcool, qu’avant. Autant de facteurs favori­sant l’obésité infantile et le diabète. Si on n’y prend garde, dans vingt à trente ans, la proportion des maladies cardiovasculaires risque d’exploser !
20100104 tnt
Comment résoudre ce problème de santé publique ?
Il ne s’agit pas d’interdire mais plutôt d’insister sur le côté positif d’une activité physique quotidienne et d’une vie libre sans tabac. Il faut également que la société favorise cette activité, à travers l’urba­nisme et la création de sentiers piétons et des pistes de vélo autonomes. C’est toute une politique à penser pour le futur.

Les campagnes de prévention sont-elles efficaces ?
Oui, sur le long terme, même s’il est toujours délicat de modifier les comportements. Pour les enfants, cela passe avant tout par les parents et par l’école. Un plan national de prévention par l’activité physique ou sportive a été remis au ministère de la Santé en octobre. Il est en cours de discussion, mais il prévoit de rendre le sport accessible à tous. On espère que ce sera le cas.

 

 

Source : Alexandra Bogaerd - 30/03/09 - Métro

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:26

internet.jpgL'association Fréquence écoles et des chercheuses lyonnaises ont mené une enquête auprès d'un millier de jeunes de la région, âgés de 8 à 17 ans. Les résultats sont dévoilés ce soir.

Pourquoi cette enquête ?

La plupart des parents s'inquiètent de savoir ce que font leurs enfants sur l'ordinateur. Le sujet a donc déjà suscité plusieurs études. Ici, la méthode change. Les deux chercheuses (1) qui ont dirigé l'enquête ont, dans un premier temps, rencontré une cinquantaine de jeunes, âgés de 8 à 17 ans, à leur domicile. Elles les ont questionnés sur leurs usages précis et ont aussi interrogé leurs parents sur leurs propres connaissances de l'outil et les interdictions posées.

 

Que font les jeunes ?

Ils regardent des vidéos et écoutent de la musique (91,1 % d'entre eux pour les deux activités). Ils jouent (82,3 %), font des recherches pour eux-mêmes (78,1 %), discutent (74,9 %)... et font des recherches pour l'école (74,4 %). Globalement, les enfants passent davantage de temps sur les jeux que les adolescents. Ils vont sur de nombreux sites (l'enquête recense 340 sites préférés). Facebook, Youtube et MSN constituent le trio de tête.

 

Comment surfent-ils ?

Seuls pour la plupart. Seulement 4 % d'entre eux sont toujours en compagnie de quelqu'un lorsqu'ils vont sur Internet.

Les enfants et les adolescents se connectent cependant majoritairement dans une pièce commune tandis que les lycéens surfent plus souvent dans leur chambre.

 

Victimes de l'écran ?

L'analyse de l'enquête estime que les consommateurs frénétiques sont peu nombreux. Ce propos s'appuie sur le petit pourcentage (4,3 %) de jeunes qui se consacrent souvent plus de 8 heures par jour à cette activité. Il faut cependant noter que 7,6 % des enfants et adolescents déclarent aussi qu'ils passent souvent entre 4 à 8 heures par jour sur leur écran. Et 21 % entre 2 heures et 4 heures. Au final plus d'un jeune Rhônalpin sur dix est souvent « scotché » plus de quatre heures par jour et un tiers plus de deux heures. Environ 15 % déclarent qu'ils n'y passent jamais moins d'une heure quotidiennement.

 

Les jeunes ont-ils conscience des menaces ?

Oui, si on en croit la petite proportion (3,5 %) de ceux qui affirment qu'il n'y a aucun danger sur le Net.

Plus ils grandissent et plus ils formulent des risques. Près de la moitié d'entre eux cite en premier la « mauvaise rencontre ». Derrière les bugs, virus, spams, ils citent ensuite les contenus violents ou reservés aux adultes.

 

S'en protègent-ils ?

Non. Environ quatre jeunes sur cinq ont déjà laissé des informations personnelles sur Internet. Les informations le plus souvent communiquées sont leur adresse mail, leur date de naissance, leur photo, leurs loisirs. L'enquête précise que plus de deux jeunes sur trois s'abstiennent de nouer des contacts avec des inconnus, ce qui signifie donc que près d'un tiers le fait...

 

Rencontrent-ils souvent des expériences fâcheuses ?

À ce propos, près de 8 % a déjà reçu une proposition de rendez-vous de la part d'un inconnu. Parmi les autres expériences fâcheuses, un quart a déjà visionné des images ou des films pornographiques, un cinquième des images ou des films violents. Environ 15 % a déjà utilisé des photos sans accords préalables et/ou reçu des insultes, méchancetés ou menaces et /ou fait l'expérience d'une usurpation d'identité.

 

Source : Muriel Florin - le 31.03.2010 - Le Progrès

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 11:07

Christophe Humann est conseiller technique (nouveaux médias et protection de l'enfance) auprès de famillesdefrance.asso.fr. Il juge qu'Internet est un média dangereux.

De par sa structure et sa configuration technique, Internet n'obéit à aucune loi spécifique. C'est un média sans frontières capable du meilleur comme du pire. Le manque de régulation ou de contrôle fait de lui un outil aux conséquences très dangereuses pour les libertés individuelles ou collectives. Les craintes actuelles sont justifiées. (...) Si nous pouvons oser une comparaison, les systèmes de filtrages en vente dans le commerce ou installés par les fournisseurs de services sont semblables aux préservatifs: c'est ce qu'on fait de mieux mais ce n'est pas sûr à 100%. La raison vient du fait qu'un certain nombre de sociétés trouvent assez vite les parades. En l'état actuel, rien ne vaut la présence des parents aux côtés des enfants lorsqu'ils surfent sur Internet. Nous estimons qu'il ne faut pas laisser les enfants surfer tout seuls car nous avons constaté une explosion dans le domaine de la pornographie. Les mineurs peuvent accéder à des sites qui font l'apologie de la pornographie, de la violence ou de la haine raciale, voire qui fournissent des modes d'emploi pour fabriqdyn006_original_465_310_pjpeg_12527_7a80fc3cd6ba4f9d4cb1fbf.jpguer des engins explosifs. Les sites aux contenus illicites ne lésinent pas sur les moyens pour attirer les mineurs et les adolescents. Nous ne pouvons tolérer que les enfants soient victimes de ces comportements. (...) Aujourd'hui, la technique ne peut pas protéger les enfants. Certains sites pornographiques contournent les mots clés classiques par un recours à des mots clés complètement anodins. Ils s'arrangent pour que leurs sites utilisent des «metanames», ces mots que l'on ne voit pas mais qui permettent de référencer le site sur les moteurs de recherche. Avec des mots comme zoo ou chien, on arrive directement sur des sites zoophiles qui affichent de plus leur gamme d'images dès la page d'accueil pour appâter le chaland. Ce genre de procédé peut engendrer des traumatismes chez les enfants qui tombent sur ces affreuses images. Aujourd'hui la technique n'a pas de réponse. Les logiciels de filtrage sont connus et détournés par les sites pornographiques et autres. (...) En termes de protection de l'enfance, les parents sont confrontés à plusieurs problèmes. Il y a d'abord un problème d'ordre comportemental général car l'enfant évolue dans une réalité virtuelle qui peut l'entraîner dans un autisme vis-à-vis de la société. Deuxième problème: le souci de protéger les enfants et les adolescents contre des dérives de l'Internet quant à la prolifération de la pornographie, de la violence et de la haine raciale. Nous pensons qu'en l'absence d'un code de bonne conduite et de lois spécifiques, ce sont les parents qui doivent être le moteur de la protection de leurs enfants.» En collaboration avec Powow.net

 

Source :  / Information traitée dans Stratégies Magazine n°1165 - 27/10/2000 - AI
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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 11:01

Les 8-12 ans ne sont ni des petits enfants ni tout à fait des « jeunes ». Ils recommandent certains achats à leurs parents, dépensent leur propre argent et ont quasiment droit de vie et de mort sur les marques. Enquête chez ces drôles de consommateurs.

 

 

Éparpillés entre les classes de CE2 et de sixième, les huit à douze ans souffrent du syndrome de l'entre-deux. Trop grands pour l'enfance, trop petits pour l'adolescence. Ces garçons et filles longtemps négligés par les annonceurs ou englobés dans des cibles plus larges montrent cependant peu à peu leur vrai visage.« C'est un marché qui se développe beaucoup »,explique Pascale Levêque, directrice d'études au pôle famille d'Interdeco Expert, la régie presse filiale d'Hachette Filipacchi Médias. Les grandes marques, alimentaires ou vestimentaires notamment, ont en effet tourné leur regard vers ces quelque trois millions d'individus dans l'Hexagone qui commencent à découvrir et à s'attacher aux marques. Un sacré gisement de chiffre d'affaires.

 

 

Le temps est loin où les parents imposaient à leurs enfants les vêtements de leur choix, pull de laine et velours côtelé. Les livraisons successives de l'étude Espace 7-12, commune à Disney Hachette Presse et Bayard Jeunesse, sur la base des chiffres899352968_small.jpg de Consojunior 2004 (1), constatent, l'une après l'autre, le renforcement de leur pouvoir. Dans la dernière édition, datée de mai 2004, ils sont 83 % à participer au choix de leurs bandes dessinées (+ 3 points), 71 % à placer dans le chariot des parents leurs glaces préférées (+ 3 points), 65 % à imposer leurs jeux de console favoris (+ 3 points), 51 % à désigner leurs jeux sur ordinateur (+6 points). Encore ne s'agit-il que des principales hausses. Ces charmants bambins ont d'ores et déjà un droit de vie et de mort sur des secteurs d'activité entiers. Au pays de l'enfant-roi, ils sont 80 % à influencer, d'une manière ou d'une autre, le choix de leurs vêtements, 76 % à peser sur les achats de céréales ou de confiseries, autant à décider de l'allure de leurs chaussures de sport. Ils sont encore 65 % à choisir leurs produits laitiers préférés, jusqu'aux gels douche ou aux boissons chaudes, qu'ils sont respectivement 45 % et 41 % à « recommander » plus ou moins fermement à l'heure des courses. Les cadeaux n'échappent pas à la règle.« Un jouet ou un jeu offerts constituent rarement une surprise »,remarque Anne Monnier, directrice des études quantitatives de Millward Brown France.

 

Entre autonomie et dépendance

 

Leur pouvoir ne s'arrête pas à leur capacité d'influence. Ces consommateurs en culotte courte disposent eux aussi d'un pouvoir d'achat, inférieur certes à leurs aînés, mais bien réel. Ils ne sont que 22 % à ne jamais recevoir d'argent de poche, selon Millward Brown (lire tableau ci-dessous). Pour ceux qui en perçoivent régulièrement, la somme moyenne s'établit à 10,40 euros par mois, indique Interdeco. Cet argent, ils le destinent de moins en moins à leur tirelire : leur taux de placement est tombé de 70 % en 2000 à 62 % en 2004. Rien d'anecdotique pour les annonceurs, qui s'attachent à saisir les traits de comportement de ces clients pas comme les autres, entre autonomie et dépendance.« Ils sont encore dans l'harmonie familiale, loin des conflits, mais cherchent à apprendre la liberté »,explique Pascale Levêque. À huit ans, 21 % préfèrent jouer avec leurs amis qu'avec leur fratrie, selon l'étude WebClub de Millward Brown, contre 50 % pour ceux âgés de 12 ans. La préférence pour les jeux partagés avec les frères et soeurs évolue, elle, dans le sens inverse.« L'entourage social devient très important à partir de dix ans, véritable âge charnière,précise Anne Monnier.Les amis occupent peut-être le rôle dévolu autrefois à la mère, moins présente aujourd'hui. C'est avec eux qu'ils se construisent. Le mimétisme de l'adolescence commence là. »Dans ce lien avec les amis, le téléphone portable, loin de retirer l'envie de se voir, le renforce.

   

« Des produits et marques vite acceptés, vite rejetés »

   

Outre la famille, l'annonceur doit donc tenir compte du bouche à oreille, largement pratiqué dans les cours de récréation. Un phénomène crucial chez les jeunes consommateurs, frottés aux marques qu'ils s'approprient au point de parler d'une Barbie ou d'une XBox pour désigner la poupée ou le jeu vidéo correspondants.« Les enfants sont plus radicaux que les adultes. Produits et marques sont vite acceptés et vite rejetés »,précise Anne Monnier. Enfin, en résonance avec les débats en cours sur la mixité à l'école, l'annonceur doit savoir parler différemment aux garçons, plus tournés vers l'action et la technologie, et aux filles, davantage inspirées par l'intime et l'imaginaire, assurent les deux spécialistes des études.« Ce qui est très frappant, c'est la constante des modèles de vie de cette tranche d'âge,résume Anne Monnier.Ils veulent tous être riches et célèbres. J'y vois la marque de modèles médiatiques forts : chanteurs, sportifs. Ce phénomène, connu de longue date pour les adolescents, prend désormais sa source plus tôt. »LaStar Academy,le phénomène Laurie et autres fabrications du petit écran sont passés par là.

   

 

L'émergence de l'ordinateur

 

Pour toucher cette population surexposée aux médias, la publicité télévisée joue évidemment un rôle important. Pour Interdeco, ils sont 76 % à regarder la télévision. Selon Millward Brown, 68 % des enfants découvrent les nouveaux jeux ou jouets par l'intermédiaire du petit écran. «La télévision reste un passe-temps formidable et très distractif, mais elle baisse,affirme Pascale Levêque.Un tiers des enfants interrogés disent la regarder moins. Pour la première fois cette année, ils ont désigné l'ordinateur comme leur activité préférée. »Un peu plus de 70 % écoutent régulièrement la radio, essentiellement pour la musique, alors que le cinéma (à 18 %, + 7 points) tire son épingle du jeu. Enfin, 42 % s'adonnent à la lecture de magazines. À en croire l'enquête Consojunior, les 8-12 ans lisent d'ailleurs de plus en plus, mais davantage de livres et de bandes dessinées (en hausse de 8%) que de magazines (+3%). Il est vrai qu'ils ne manquent guère de journaux réalisés pour eux. Ce sont quarante-six parutions qui ont vu le jour en 2003, par exemple, et près d'un enfant sur deux aurait souscrit un abonnement dans l'année écoulée. Pour Interdeco, qui commercialise, il est vrai, l'essentiel des titres de jeunesse, la presse jeune touche pas moins de 88 % des 8 à 12 ans, chacun d'eux lisant en moyenne cinq titres différents par an. Et on dit qu'ils ne savent plus lire ?

 

 

(1) Consojunior 2004, TNS Sofres.

 

Source : Information traitée dans Stratégies Magazine n°1355 -AI - 2005

 

  

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  • : Les enfants sont devenus « des médias consommateurs » qui passent d’un écran à un autre avec une facilité déconcertante (télévision, internet, console, portable…). Une éducation aux médias audiovisuels devient donc une obligation pour permettre de donner aux enfants les armes critiques pour se protéger dans ce monde fantasmagorique du "tout écran".
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